L’orgue Louis Bonn

de

L’église St Saturnin

de

Tours  

 L’actuelle église St Saturnin possédait déjà un orgue vers 1845,  comportant un clavier et quatre jeux. On ne sait pas grand chose de cet instrument sinon qu’il était situé au milieu de la tribune, masquant ainsi le vitrail. Dés 1848 on trouve les traces d’un entretien régulier par le facteur Louis Bonn mais rien ne nous indique que cet orgue était son œuvre. L’instrument actuel a été commandé par l’abbé Voisine  à Monsieur Bonn en 1872. En raison du contexte politique de l’époque, la nationalité allemande de Louis Bonn oblige l’abbé Voisine à négocier avec Louis-Frédéric Bonn, fils de Louis Bonn, qui né de mère française possède la nationalité française. La disposition en deux buffets dont un entièrement postiche fut choisie afin de dégager le vitrail en partie caché par l’instrument précédent. L’orgue fût réparé en 1909 par l’abbé Tronchet. Puis en 1951 Roger Lambert, facteur d’orgue du Mans effectue une intervention plus importante.

Actuellement  sa composition est la suivante :

Grand-orgue :                     Récit :                             Pédale :

Bourdon 16’                       Flûte harmonique 8’       Soubasse 16’

Montre 8’                           Cor de Chamois 8’

Bourdon 8’                         Voix céleste 8’

Flûte Bonn 8’                     Flûte octaviante 4’

Prestant 4’                          Hautbois 8’

Nasard 2-2/3’                     Cromorne 8’

Doublette 2’

Tierce 1-3/5’

Trompette 8’

Clairon 4’

          A l’origine  le clavier de grand-orgue ne comportait que 54 notes, le clavier de récit 42 et la pédale 18 notes en tirasse (il n’y avait pas de jeu de pédale). En 1951 Roger Lambert porte le clavier du récit à 56 notes en ajoutant un sommier supplémentaire pour les tuyaux de la première octave manquante et installe un pédalier de 32 notes avec un emprunt pneumatique du bourdon 16’ du grand-orgue. En observant la tuyauterie et les règles de registre, on constate que la tierce du grand orgue, placée juste après les anches, occupe la place d’un jeu réparti à l’origine en basse et dessus. En observant de plus près les tuyaux qui composent le jeu de tierce, on s’aperçoit que le jeu est composé de tuyaux provenant d’un cornet 5 rgs. Au récit les tuyaux utilisés par Roger Lambert pour compléter le Hautbois sont des tuyaux de basson de Bonn. Tous ces éléments permettent de penser que la tierce a pris la place d’un jeu de basson cornet ( basse de basson dessus de cornet) que Louis Bonn à souvent utilisé dans ces orgues comme à Richelieu par exemple.      

 

                    photo 1:Règles du registre de Tierce du G.O.;on observe bien qu'à l'origine elles étaient     coupées en basse et    dessus.

             

            photo 2: Basse du jeu de tierce composée de tuyaux à calotte soudée provenant d'un rang de cornet

 

Approche stylistique :

L’orgue de l’église St Saturnin est un témoin important de l’art de Louis Bonn, il nous offre un exemple privilégié du caractère et de la manière de travailler du facteur d’orgue. Bien que construit dans la seconde moitié du XIXè  siècle, la facture de l’orgue de St Saturnin demeure très classique, la manière de  travailler reste semblable à celle du XVIIIè  siècle ; les tuyaux sont coupés au ton, les bourdons sont à calottes soudées, seul la pauvreté en étain du métal utilisé pour faire les tuyaux témoigne des habitudes de la facture du XIXè siécle.  


                                                  Photo3:Tuyaux de bourdon.

  L’influence de l’orgue classique se ressent aussi au niveau de la composition et des sonorités La montre du Grand-orgue est douce et étroite, le Nasard et la Tierce du Grand orgue sont très flûtés, la Doublette est forte pour compenser l’absence de mixture au premier clavier, le Cromorne du second clavier est encore de taille assez étroite (registre très souvent remplacé chez les autres facteurs à la même époque par une Clarinette : Cromorne de grosse taille.), et les anches du grand orgue sont puissantes (influences de l’orgue classique français). Tous ces éléments, montre l’influence   de la facture d’Allemagne du sud (Seuffert ?) et de la facture française (contact avec Louis Callinet ?) sur Louis Bonn  l’apport germanique est essentiellement caractérisé par la flûte « Bonn » du grand- orgue, registre entièrement en bois que l’on retrouve fréquemment en Allemagne chez des facteurs comme Seuffert et  plus tard Walcker et Même en Alsace  chez Sthier (  également élève chez Seuffert).

A coté de l’héritage de son apprentissage et de son soucis de tradition, Bonn a su aussi être à l’écoute des nouveautés de son époque, en insérant dans  ses orgues des registres typiques de l’orgue romantique (la Flûte harmonique, le Cor de chamois et la Voix céleste) et en utilisant des systèmes qui améliorent la mécanique comme des soupapes séparées en deux parties afin d’éviter un décrochement trop important, (principe utilisé à St Saturnin  pour les soupapes du grand-orgue).           


                  Photo4: Soupapes du Grand orgue.

  Bien qu’en très mauvais état, l’orgue de St Saturnin nous offre un agréable aperçu du talent de Louis Bonn. De part la beauté de ses timbres et l’intérêt historique qu’il apporte, il serait intéressant de pouvoir réaliser une restauration scrupuleuse de cet instrument grand frère de celui de Richelieu.

 

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